Épargnez à vos participants des maux de tête canons : comment éviter la surcharge cognitive dans vos formations

Dans un processus d’apprentissage, lorsque la quantité d’informations est trop importante, ou lorsque le contenu présenté atteint un niveau de complexité trop élevé, gare à la surcharge cognitive.
Image mise en avant pour l'article "Comment éviter la surcharge cognitive dans vos formations" de David Vellut, psychologue, conseiller pédagogique et médiateur scientifique en psychologie.

Table des matières

Lors d’une formation ou d’une présentation en public, vos participants sont activement sollicités dans le but d’assimiler une certaine quantité d’informations. Problème : quand la quantité d’informations est trop importante, ou lorsque le contenu présenté atteint un niveau de complexité trop élevé, un phénomène de saturation se produit dans le chef de votre public : il s’agit de la surcharge cognitive.

Je vous propose d’approfondir ici le concept de charge cognitive. Nous verrons en quoi ce phénomène est crucial pour éviter à vos participants de se ruer sur une boite d’aspirine, une fois votre intervention terminée.

Charge et surcharge cognitive : comment fonctionne notre cerveau en situation d’apprentissage

Avant d’aborder concrètement le concept de la charge cognitive, précisons trois éléments importants à propos du fonctionnement de notre cerveau en situation d’apprentissage (lors d’une formation, conférence ou présentation)1 :

  1. Le processus d’assimilation de l’information repose sur deux canaux d’entrée principaux : un canal visuel et un canal verbal. Les informations visuelles et verbales sont ainsi assimilées séparément, avant d’être traitées, combinées et intégrées.
  2. Chaque canal d’entrée possède une capacité limitée d’assimilation : seuls un nombre restreints de processus cognitifs peuvent prendre place en même temps dans chacun de ces canaux. Notre mémoire de travail permet ainsi de conserver plus ou moins sept informations de manière simultanée. En outre, cette zone tampon est extrêmement limitée dans le temps (30 secondes environ).
  3. Pour être significatif et efficace, l’apprentissage nécessite la mise en œuvre de nombreux processus cognitifs au niveau des canaux visuels et verbaux. Ces processus incluent notamment le fait de porter attention au contenu présenté, d’organiser ce contenu de manière cohérente, et de l’intégrer aux connaissances existantes.

La charge cognitive constitue donc l’ensemble des processus cognitifs qui ont lieu chez vos participants, au moment d’assimiler un certain contenu. Le phénomène de surcharge cognitive intervient quant à lui à partir du moment où la mémoire de travail est trop sollicitée : le nombre d’informations stockées en mémoire de travail est trop important, ou trop complexe, pour être assimilé directement.

Les canaux d’entrée sont alors rapidement saturés, ce qui conduit à un mauvais traitement des informations et une faible intégration du contenu. Un peu comme un verre dans lequel on essaierait de déverser plusieurs bouteilles d’eau à la fois.

Pour résumer : la surcharge cognitive est un phénomène crucial qui peut menacer la digestion mentale de vos participants. Lorsque leur mémoire de travail est trop sollicitée – notamment en raison d’un contenu trop important ou trop complexe – le cerveau de vos participants peut rapidement devenir saturé en informations.

Introduction to cognitive load theory. Téléchargé le 20/11/2012 depuis la chaine YouTube Health Ed Solutions.

Comment éviter la surcharge cognitive : 9 propositions issues de la recherche scientifique

Outre un tube d’aspirine, je vous invite à découvrir ci-dessous neuf manières de réduire la charge cognitive au moment de délivrer votre contenu2. Ces éléments s’appliquent bien sûr quel que soit votre contexte : formation, conférence, présentation…

1. Équilibrez les canaux verbaux et visuels

Dans le cas d’une présentation, si vous avez tendance à inclure trop d’informations sur vos diaporamas, réduisez-en le contenu. Privilégiez des images, photos, animations, schémas, mots-clés… Accompagnez vos slides en présentant oralement le contenu et les détails.

2. Segmentez vos contenus

Respectez la règle suivante : 1 idée / concept = 1 diapositive. Évitez de concentrer des concepts différents sur un même slide. Au moment de passer d’une diapo à l’autre, prenez votre temps pour permettre à vos participants de vous suivre. Idem dans le cas d’une animation de groupe (sous forme de jeu, par exemple) : énoncez chaque étape / règle à la fois, sans vous précipiter.

3. Délivrez une partie de vos contenus à l’avance

Si vous en avez la possibilité, prévoyez de rendre votre contenu disponible avant le jour de votre intervention (en tout ou en partie). Ou en tout cas amorcez la pompe et préparez le terrain pour éviter de saturer les participants en une fois. Vous pouvez par exemple capitaliser les bénéfices et avantages des plateformes d’apprentissage en ligne (LMS).

4. Éliminez les éléments superflus

En tant qu’experts dans des domaines spécifiques, nous avons souvent tendance à vouloir tout dire, tout montrer, et de ne surtout rien oublier. Faites des concessions et concentrez-vous sur l’essentiel. Allez droit au but sans complexifier votre contenu.

5. Mettez une partie de votre contenu en évidence

Certains éléments de notre contenu nous paraissent tellement évidents que nous ne prenons pas toujours la peine de le notifier auprès de nos participants. Au moment de présenter un élément crucial, insistez sur ce point, répétez-le, mettez-le en évidence.

6. Mettez certaines informations en parallèle

Sur un diaporama, pour que votre message passe auprès de vos participants, il est nécessaire de présenter les éléments parents de manière parallèle. Par exemple : le titre d’un graphique, un mot-clé rattaché à une image… Présentez votre contenu de manière cohérente et synchrone afin que votre public puisse comprendre votre slide d’un simple coup d’oeil.

7. Éliminez les redondances

À l’heure actuelle, trop de diaporamas ne consistent qu’en une suite de phrases présentées sous forme de listes à puces. Le présentateur se contente alors de lire le contenu du slide, un peu comme un prompteur. Le problème, c’est que le temps que vous ayez terminé de lire la première ligne, vos participants auront déjà terminé de lire le slide en entier. Évitez donc de présenter oralement le contenu de vos diapos stricto sensu.

8. Synchronisez votre narration avec l’animation

Lorsque vous présentez un contenu visuel (image, schéma, graphique…), expliquez-le oralement en même temps que vous l’affichez à l’écran. Évitez de revenir sur les éléments précédents. Vous risqueriez d’induire une certaine confusion chez vos participants et de surcharger leur mémoire de travail.

9. Individualisez votre contenu

Pour que votre contenu fasse écho chez vos participants, essayez de l’adapter à leur contexte, à leur situation, à leur vécu. Utilisez des exemples et anecdotes parlantes. Tentez, dans la mesure du possible, de personnaliser les informations que vous leur délivrez. Votre public arrivera ainsi à mieux faire des liens entre vos propos et leur expérience.

Notes et références bibliographiques

  1. Mayer, R.E. (2008). Applying the science of learning: Evidence-based principles for the design of multimedia instructionAmerican Psychologist63(8), 760-769. 
  2. Mayer, R.E. & Moreno, R. (2003). Nine ways to reduce cognitive load in multimedia learningEducational Psychologist38(1), 43-52. 
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