Une erreur fatale à éviter dans vos formations, ou l’importance de réaliser un feedback constructif et efficace

Animer un groupe d’apprenants, c’est un peu comme rouler à vélo : une fois qu’on a appris les bases, ça ne s’oublie pas. Pourtant, si vous débutez votre carrière de formateur ou d’animateur, et si vous n’avez pas l’habitude de réaliser un feedback constructif, vous risquez de vous retrouver face à des pièges qui peuvent réduire à néant votre préparation, casser l’ambiance et même provoquer un rejet de la formation de la part de vos groupes d’apprenants.

L’article d’aujourd’hui a pour objectif de mettre en lumière l’un de ces pièges. Mais avant de vous en dire plus à ce sujet, laissez-moi vous raconter une petite anecdote, tirée de mon expérience personnelle.

Une erreur de débutant : de l’importance de pouvoir réaliser un feedback constructif en formation

Cet épisode date d’il y a plusieurs années maintenant. En 2004 si mes souvenirs sont bons. Avec l’aide de plusieurs amis, j’intervenais comme animateur pour le compte d’une association d’échanges internationaux. Objectif de la formation : préparer des jeunes de 18 à 25 ans à l’expérience d’un projet de volontariat à l’étranger. Au menu : éducation au développement et relations Nord-Sud, communication interculturelle et gestion des conflits.

Ayant moi-même vécu à l’étranger dans le cadre d’un projet de volontariat, et fraîchement revenu de mes aventures en 2003, j’étais impatient d’animer cette formation et de partager avec ces jeunes le fruit de mon expérience. Et avec le recul, je pense que c’est déjà à ce moment-là que je me suis laissé entraîné dans le plus basique des pièges !

Il était convenu que j’intervienne à la fin du week-end de formation, dans le cadre d’une animation basée sur une vidéo : «L’île aux fleurs», un documentaire sur la thématique de la mondialisation et de l’exploitation des ressources. Si vous ne connaissez pas ce documentaire, je vous invite à le visionner sur YouTube (attention, âmes sensibles s’abstenir !).

Le moment venu, je lance la vidéo, laisse les participants la visionner… et une fois le film terminé, dans le feu de l’action, je commence à me lancer dans un discours massacreur contre les aspects négatifs de la mondialisation, les conséquences dévastatrices de l’exploitation des ressources et des êtres humains. Pendant presque 15 minutes sans interruption, je prêche la «bonne» parole, convaincu de son bien fondé et de la véracité de mon discours… avant de terminer par un appel au groupe : « Et alors, qu’est-ce que vous en pensez ?… »

Et là, silence de mort ! Mines atterrées, visages tendus… personne ne bouge, personne ne parle, un ange passe et grand moment de solitude. En l’absence de réactions, je remercie les participants et les libère, le week-end de formation prenant fin à ce moment-là. Tellement obnubilé par MES convictions et mon ressenti, je ne remarque même pas les pleurs de certains, la colère éprouvée par d’autres, l’agacement manifesté suite à cette « manipulation »pédagogique.

Lesson’s learned: réaliser un feedback constructif de manière systématique après une activité d’apprentissage

J’ai personnellement beaucoup appris de mes erreurs suite à cette animation, grâce au concours de mes collègues-animateurs et des formations que j’ai eu l’occasion de suivre par après :

1. ÉVITER DE TERMINER UNE FORMATION PAR UNE ACTIVITÉ NÉGATIVE SUR LE PLAN ÉMOTIONNEL

Ceci afin d’éviter de saper la dynamique du groupe et s’attirer les foudres des apprenants. Essayez de terminer votre animation en les amenant à réfléchir et partager ensemble par rapport à ce qu’ils ont retenu de la formation, et éventuellement à définir des engagements personnels à réaliser après celle-ci.

2. RECONNAITRE SES LIMITES ET SON MANQUE D’EXPÉRIENCE

Surtout lorsqu’on anime pour la première fois dans sa vie, et de surcroit sans avoir suivi une formation d’animateur au préalable. Une indispensable nécessité pour garantir l’efficacité pédagogique et favoriser une bonne dynamique de groupe. Si vous n’avez pas encore beaucoup d’expérience, évitez de jouer les têtes brûlées : ne vous lancez pas dans des animations trop compliquées ou trop délicates, prenez le temps de vous mettre dans le bain, à votre rythme, et formez-vous !

3. RÉALISER SYSTÉMATIQUEMENT UN FEEDBACK DES ACTIVITÉS PÉDAGOGIQUES PROPOSÉES

Evitez de tomber dans le « syndrome du prof », c’est-à-dire de prendre la parole dès la fin d’une activité pédagogique pour prêcher LA « bonne » parole. Laissez les participants s’exprimer en priorité, focalisez-vous sur ce que EUX on ressenti et appris durant l’activité. Ne commettez pas l’erreur fondamentale de croire que vous seuls connaissez LA « bonne » réponse (et spécialement dans le cadre de formations comportementales et relationnelles !). Permettez-leur d’échanger et partager leur vécu et synthétiser leurs apprentissages durant l’activité pédagogique.

Comment réaliser un feedback constructif et efficace à l’aide de la méthode PEA

Si vous aussi vous débutez dans le monde de la formation, je ne peux que vous encourager à prendre l’habitude de réaliser un feedback constructif (ou débriefing) à la fin de chacune de vos animations. Pour ce faire, je vous propose de découvrir une méthode simple et efficace : la méthode PEA (Perceptions – Effets – Analyse).

Ceux d’entre-vous qui sont familiers avec les techniques de gestion des conflits en communication non-violente ne seront probablement pas dépaysés, vu que la méthode suit globalement le même principe. À ceci près que la méthode PEA peut d’adapter à toute activité pédagogique, quel que soit le contexte ou la thématique traitée dans la formation. Elle présente également l’avantage de se retenir facilement et de fournir un cadre de débriefing simple, aussi bien pour le formateur que pour les apprenants. Je vous propose de passer en revue les 3 étapes de cette méthode :

Réaliser un feedback constructif avec la méthode PEA – David Vellut

PERCEPTIONS

À la fin de l’activité pédagogique, commencez par demander aux participants ce qu’ils ont perçu durant cette séquence. C’est-à-dire ce qui se rapporte exclusivement aux faits. L’objectif étant ici de séparer le plus possible les perceptions des sentiments, en amenant les participants à prendre conscience de ce qu’ils ont vu, entendu, senti, goûté… Par exemple : « Durant le jeu, j’ai vu Claude passer d’une chaise à l’autre »« J’ai entendu Martine crier sur Paul »

Si vous testez cet exercice en formation, vous constaterez peut-être à cette étape que vos participants manifesteront des difficultés à scinder leurs perceptions de leurs sentiments. Si tel est le cas, invitez la personne à reformuler sa réponse en lui demandant : « S’agit-il vraiment d’une perception ? »« Ce que tu viens de partager, s’agit-il bien d’un fait ? ». En cas de blocage de la part de l’apprenant, n’insistez pas (afin d’éviter de provoquer un malaise ou de l’agacement) et passez au participant suivant.

EFFETS

Après que la participants se soient exprimés par rapport à ce qu’ils ont vu, entendu, senti… invitez-les à identifiez quels effets et sentiments ces perceptions ont provoqué en eux : ont-ils éprouvé de la joie, ont-ils senti la colère monter en eux, ont-ils été envahis par la tristesse ou la peur ?

Même remarque que ci-dessus : les participants auront peut-être du mal à décrypter leurs émotions et auront parfois tendance à passer directement à l’étape d’analyse et d’interprétation. De nouveau, si ce cas de figure se présente, invitez de manière bienveillante le participant à reformuler sa réponse : « Et quels effets cela produit-il en toi ? »« Quel sentiment cela t’a-t-il procuré ? »

Si les participants ont du mal à identifier l’émotion dominante chez eux, aidez-les en parcourant les 4 émotions de base : « Est-ce que cela a suscité en toi de la joie, de la colère, de la tristesse, de la peur ? ». Dans 95% des cas, ils finiront tous par mettre le doigt dessus.

ANALYSE

Une fois informés de leurs perceptions et conscients des effets ressentis, vous pouvez inviter les participants à passer à la dernière étape : l’analyse. C’est ici que les apprenants auront l’occasion de faire part de leurs conclusions, de leurs appréciations, de leurs hypothèses.

Par exemple : « J’ai vu Eric danser sur la table. Cela m’a fait rire et a suscité en moi beaucoup de joie. Cette situation me fait donc penser que Eric était de bonne humeur ». Ou encore : « Durant le jeu, j’ai vu Cécile parler avec Claire alors que la consigne était de respecter le silence durant l’activité. Cette situation m’a agacé et a fini par me mettre en colère. J’ai l’impression que ce sont vraiment deux personnes sans-gène ».