Mardi dernier s’est tenue à Bruxelles une conférence organisée par l’ISTF – Institut Supérieur des Technologies de la Formation – sur le thème : « Serious Game, ROI et pédagogie ». L’occasion pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de participer à la conférence SeriousGame.be 2012 de rattraper leur retard, et d’envisager les possiblités offertes par le Serious Game en entreprise.

Au cours de cette conférence, 3 experts sont intervenus pour faire le point sur les avantages et désavantages des Serious Games, d’un point de vue ROI et d’un point de vue pédagogique :

  • Bruno Dartigues (e-doceo Belgium) a partagé avec nous quelques études de cas et retours d’expériences de projets concrets réalisés auprès de clients.
  • Xavier Van Dieren (NOW.be) nous a fait découvrir, de manière ludique et interactive, les clés de succès et étapes à réaliser pour gérer un projet de Serious Game.
  • Nathalie Pilet (ISTF) a terminé en abordant les Serious Games sous l’angle de la pédagogie et des sciences cognitives.

En ce qui me concerne, j’avais déjà eu l’occasion d’étudier de près l’efficacité pédagogique des Serious Games dans le cadre d’une étude réalisée en 2011 pour l’UCL (Louvain-la-Neuve) et les FUSL (Bruxelles). Les résultats présentés mardi dernier rejoignent globalement les conclusions déjà émises. Je vous invite à découvrir ci-dessous les 3 raisons principales pour lesquelles vous devriez sérieusement réfléchir à implémenter un Serious Game dans le cadre de vos prochaines formations :

Comment réussir un Serious Game en entreprise – David Vellut

Implémenter un Serious Game en entreprise : 3 bonnes raisons de passer à l’action

Le jeu permet de booster l’engagement des apprenants

Il s’agit d’un constat global : le jeu constitue le facteur n°1 d’engagement et de motivation pour les apprenants en formation. La majorité des recherches et méta-analyses récentes sont d’accord sur ce point. Le jeu suscite ainsi une forte envie d’apprendre chez l’apprenant : il bénéficie d’une forte attractivité, et donne envie d’aller plus loin.

Le jeu permet de prendre distance par rapport à la réalité

Contrairement à des mises en situations ou études de cas réalistes, le jeu permet de prendre du recul face à la réalité concrète du terrain. Il permet ainsi de tester de nouvelles solutions sans prendre de risque, d’avancer par essai et erreur sans trop de contraintes, et d’adopter peu à peu de nouveaux réflexes et comportements. Ce qui pemet de facto de diminuer le sentiment de stress et d’anxiété que peuvent parfois éprouver les apprenants dans le cadre du développement de leurs compétences.

Le jeu prend une place de plus en plus importante dans notre société

Quand on sait que l’industrie du jeu vidéo génère un revenu plus important que celui du cinéma (10 milliards de dollars en 2004), cela fait réfléchir… De même, le jeu vidéo ne se limite plus aux hardcore gamers, et touche aussi à présent les joueurs occasionnels, notamment grâce à l’explosion de la vente des smartphones. On compte ainsi plus de 100 millions de joueurs mobiles en 2012 aux USA. Pour rajouter encore 2 chiffres :

  • L’âge moyen des joueurs aux USA est de 32 ans (49% des joueurs ont entre 18 et 49 ans),
  • Rien qu’en France, nous sommes passés de 11 millions de joueurs en 2000 à 28 millions en 2011.

Juste pour vous donner une idée de l’ampleur du phénomène !…

Serious Game en entreprise : solution miracle pour la formation et l’apprentissage ?

Solution miracle, certainement pas… et pourtant à considérer fortement ! En effet, il est vraisemblable que le Serious Game fera partie de l’arsenal des nouveaux outils de formation en ligne dans les prochaines années. On constate d’ailleurs déjà une gamification progressive des parcours e-learning existants. Avec la baisse des coûts liés aux technologies et l’apparition progressive d’outils auteurs spécialisés, le Serious Game devrait peu à peu se démocratiser pour toucher un public plus large.

Attention toutefois de ne pas vous précipiter tête baissée : il y a des conditions à respecter pour qu’un Serious Game soit vraiment efficace et utilisé à bon escient. Si le jeu constitue un excellent outil, il est important de bien réfléchir en amont aux usages qui pourraient en être fait. Comme le dit si bien Marcel Lebrun, technopédagogue et professeur à l’UCL : « Il n’y a pas de bon ou de mauvais outils, il y a seulement de bons et mauvais usages ! »

Je vous invite donc à découvrir ci-dessous 7+1 clés de succès pour réussir vos futurs projets de Serious Games. Prêtez une attention toute particulière au dernier point… sans quoi l’issue de votre projet pourrait bien vous être fatale en terme de ROI !

7+1 clés de succès pour réussir vos futurs projets de Serious Game en entreprise

1. Assurez-vous de disposer du budget nécessaire

En fonction du degré d’exigence de votre entreprise, la production d’un Serious Game pourra vous coûter entre 50.000€ et 500.000€. Et même si on constate une baisse progressive des coûts de production au fil des ans et l’apparition d’outils auteurs dédiés, ce genre de projets reste un investissement non négligeable !

2. Réalisez une analyse des besoins et attentes avant tout

Par pitié, ne vous lancez pas tête baissée dans ce genre de projets sans analyser les besoins et attentes de formation au sein de votre entreprise. Il s’agit d’une étape cruciale pour assurer une certaine cohérence entre les besoins réels de l’organisation et les attentes du public-cible.

3. Définissez des objectifs pédagogiques clairs et pertinents

Une fois vos besoins et attentes décortiqués, définissez des objectifs pédagogiques aussi clairs et pertinents que possible. Cela vous permettra de définir un itinéraire précis pour savoir quelles compétences développer auprès de vos collaborateurs. Pour définir des objectifs pédagogiques, je vous recommande d’utiliser la taxonomie de Bloom ainsi que la méthode SMART.

4. Favorisez une réelle coopération entre pédagogues et développeurs

Il s’agit d’un des plus grands risques liés à ce genre de projets. Inévitablement, vous devrez allier du contenu pédagogique à du développement technologique (graphisme, gameplay, animation 2D/3D…). Pour assurer la cohérence technopédagogique du produit final, faites en sorte de favoriser la coopération entre les 2 équipes (pédagogues + développeurs).

5. Créez un scénario aussi immersif que possible

L’un des éléments clés de la réussite d’un jeu vidéo repose sur sa capacité à immerger le joueur. Pour cela, rien de tel qu’un bon scénario. Dans le cadre d’un Serious Game à visée éducative, vous devrez également veiller à équilibrer le contenu pédagogique avec l’aspect purement ludique (ainsi que l’intégration des éléments multimédia).

6. Prévoyez une stratégie de communication efficace en interne

Réaliser un Serious Game n’est pas un projet commun. Bien qu’efficace, l’outil reste assez innovant dans le domaine de la formation, et vous devrez investir des moyens en conséquence pour sensibiliser vos futurs apprenants à son utilisation. Inspirez-vous des studios hollywoodiens, et organisez un vrai plan marketing pour vendre votre Serious Game en interne : teasing, e-mailing, events… N’hésitez pas non plus à procéder à une phase pilote pour tester le dispositif, et réaliser les adaptations nécessaires avant de le déployer à grande échelle au sein de votre entreprise.

7. Mettez en place un système de tracking des apprenants

Etant donné l’investissement assez conséquent, il est légitime d’attendre que les apprenants y consacrent le temps nécessaire, et qu’ils développent les compétences souhaitées. N’oubliez donc pas d’intégrer un système de tracking et d’évaluation des apprenants. Cela vous permettra en outre de réagir rapidement, si par exemple vous constatez un faible taux de complétion de leur part.

Attention : le jeu, à lui seul, ne permet pas d’apprendre !

S’il y a bien un seul point à retenir de cet article, c’est celui-ci : si le jeu représente le facteur principal d’engagement et de motivation des apprenants, il ne permet pas à lui seul d’apprendre ! En effet, vous devez absolument prévoir un espace de dialogue entre apprenants, pour leur permettre de réaliser un débriefing, d’échanger et partager entre eux sur ce qu’ils ont perçu, vécu et appris tout au long du jeu.

C’est à cette seule condition que le jeu prendra tout son sens : il doit donc obligatoirement être inclus dans le dispositif pédagogique, mais ne peut pas être utilisé à lui seul à des fins d’apprentissage.

Sources & Références

AFJV (2012). Loisirs interactifs : le meilleur de l’année 2012 est à venir selon GfK. Consulté en ligne le 30/06/2012 : http://www.afjv.com/news.php?id=1245&title=marche_loisirs_interactifs

Education Database Online (2010). Videogames Statistics. Consulté en ligne le 30/06/2012 : http://www.onlineeducation.net/videogame

Pilet, N. (2012). Enquête 2011: Les chiffres pédagogiques du e-learning. ISTF : http://www.istf-formation.fr

Slashdot (2004). Game Industry Bigger than Hollywood. Consulté en ligne le 20/06/2012 : http://games.slashdot.org/story/04/12/19/2350234/game-industry-bigger-than-hollywood

Vellut, D., Leonard, E. & Nils, F. (2011). Les nouvelles pédagogies de la formation. Rapport de recherche réalisé dans le cadre du projet RH-Entreprises. Louvain School of Management, Université catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique.